Mont Takao, mise en jambes avant le Fuji


Lendemain de Kamakura. J’ai plutôt apprécié ma balade en forêt et dans la foulée je me dis qu’aller un peu plus à l’ouest de Tokyo me changer d’air ne pourrait pas me faire de mal, surtout si c’est pour respirer un air montagnard. Levé tardivement parce qu’on est quand même dimanche, je décolle vers 10h30 direction Bubaigawara dans un premier temps puis Kitano où évidemment il fallait changer de train ce que je manque de faire. La Keio Line a deux points d’arrivée différents, un coin-flip loupé. Par chance je choppe le train dans le sens inverse à la station suivante et attrape même sans attendre la correspondance qui finit à Takaosanguchi, presque au pied de mon aventure.

En sortant de la station, un grand panneau présente les différentes voies d’accès du sommet. Il ne culmine pas bien haut, seulement 599m, mais regorge de bon nombre d’espèces animales et végétales qui sont mises en danger par l’avènement prochain d’une route creusée sous le mont…
Il y a 8 chemins pour y parvenir. De durées différentes, de difficultés différentes et d’intérêts différents. Si vous préférez le gazouillis des oiseaux tapez-vous le rouge, si vous préférez la moiteur de la forêt grimpez le bleu. Enfin si vous êtes un gros fainéant prenez le petit train-funiculaire ou le télésiège qui vous amèneront à la moitié de la montée. Fainéant oui, mais un fainéant riche, 900¥ l’aller-retour !

Gare du télésiège même pas débrayable !

Tchou-Tchou Takao

Moi je suis sportif (c’est ce qu’on se dit quand on veut pas payer 900¥) alors j’opte pour le parcours violet qui me semble pas mal, 100 minutes d’ascension pour 3,8km avec passage devant le Yakuoin Temple. Pour reprendre les mots d’une certaine exploratrice au sac à dos violet : ‘Allons-y, Let’s go. C’est parti les amis !’

Directement un truc saute aux yeux, enfin plutôt aux jambes, le pourcentage de la pente. Car plutôt que de faire une pente de quelques pourcents en plusieurs lacets, le chemin pavé grimpe à 30° sur 3 virages. Autant vous dire que passer du plat à un dénivelé aussi raide ça vous réduit les cuisses à néant en quelques pas. Ajoutez à ça une chaleur écrasante même à l’abri des rayons du soleil et vous obtenez une punition mythologique. Une réflexion me vient d’ailleurs rapidement « J’ai prévu de faire le Fuji dans 15 jours…Dans quoi me suis-je embarqué… ».

Moins impressionnant dans ce sens là

Eux descendent, mais moi je monte...

Heureusement 25 minutes plus tard vient un replat qui vous arrache à la fois sourires et soupirs. A mi-chemin il est l’heure de profiter un peu du premier panorama sur Hachioji, une ville de 575 000 habitants. C’est un peu brumeux, ou pollué sans doute.
Ensuite c’est reparti pour la suite de la grimpette. Passe sous la Joshin Gate et enquille vers le temple. Ici la simple pente, brute et abrupte, fait place à des escaliers ponctués de passages au dévers doux. Beaucoup plus agréables.

A mi-chemin la longueur du trajet a gagné 300m ! C'est le super bonus.

Hachioji Vois pas grand chose !

Mais qui a éternué sur le poivre ?

Scouts toujours prêts ! Enfin surtout pour descendre...

Col de Porte

Escaliers ou escalade ?

Je parviens donc rapidement à Yakuoin. Ce temple est en fait un complexe de plusieurs bâtiments protégés par les tengu. Les tengu sont des dieux du folklores japonais, reconnus comme d’appartenance aux deux cultes majeurs du pays. Ils sont de deux types et ont des apparences animales. Il y a karasu tengu, celui au bec de corbeau et aux ailes du même volatile, mais aussi konoha tengu qui n’a plus que les ailes mais hérite en compensation d’un nez, ma foi, fort proéminent et d’un éventail de plumes parce qu’il fait quand même chaud. Ces dieux sont les protecteurs des montagnes et il n’est pas rare de voir des masques les représentant être portées durant les fêtes religieuses.

Abribus déjà occupé

Tengu Roux

Jetez pas vos pièces, j'fais une collecte pour David Douillet !

En voilà qui en a dit des bêtises...

Red is Alive

Jinja Riverai jamais jusqu'en haut

Otori fleuri

Je grimpe encore un peu pour enfin atteindre le sommet. Le lointain est toujours aussi plongé dans la grisaille. Là je ne sais pas vraiment pourquoi mais deux Japonaises me demandent si je veux bien faire une photo avec elles. Archi-surpris je profite de ce moment qui pour George ‘What Else ?’ est le pain quotidien. Je prends quelques photos puis vais quand même manger un morceau. Il est 15h et la montagne si ça vous gagne ça vous creuse aussi.

Top of Takao !

Plus haut on voit rien...rien de plus

Je toaste donc mon désormais spécial jambon-fromage quand le copain des deux japonaises rapplique pour lui aussi faire une photo avec moi. « Nan mais what ?! Y’a moyen de bouffer tranquille là ? » me dis-je. Néanmoins je me dis aussi qu’avec un peu de chance je vais bientôt signer des autographes, être idolâtré, avoir des statues et des rues à mon nom, un film sur ma vie, une légion d’honneur…Enfin bref j’accepte mais je leur demande quand même pourquoi. La réponse n’en est pas une, ils ne savent pas me dire pourquoi mais me récitent néanmoins leurs habituels connaissances dans notre langue quand je leur dis d’où je viens. Je suis donc une star malgré moi, un génie incompris. Je peux me consoler en me disant que si en étant inconnu j’ai la côte, il me suffira de pas grand chose pour devenir le Raël du soleil levant…

Je finis mon sandwich parce que pour l’instant j’ai pas droit aux milliers de fidèles qui me suivent avec des plats en argent, essaye de nouveau de voir au loin sans plus de succès puis me lance dans la descente par un autre chemin le rouge. Oui, je sais, normalement le rouge on l’évite mais là c’est celui qui passe par les sous-bois et qui suit la rivière alors il s’annonce plutôt tranquille.
Evidemment j’ai parlé trop vite et au bout de 5 minutes j’arrive dans une zone où on chante moins qu’on déchante, Ridin’ in the rain. Les escaliers sommaires sont couverts de boue et l’objectif premier n’est pas de garder ses chaussures aussi propres que possible.

Où sont les maaaarches ?

Au contraire du chemin bétonné emprunté pour me rendre au sommet, ici la nature ne semble pas avoir subi le même sort. Luxuriance et verdoyance sont les maîtres mots. Bien sûr il suffit de se le dire pour qu’apparaissent des grillages, des tuyaux, un barrage pour canaliser l’eau. Si encore c’était bien fait mais tout l’attirail a été posé à la va-vite, des boudins jaunes serpentent entre les feuilles, le béton fait surface, la rouille et la ferraille avec. Décevant.

Yaourt Nature

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Hey tu pisses ! Pistache !

L'eau, Takao ! L'eau, l'eau, l'eau ruissela !

Regarde ! Quoi ? Un arbre là !

Hey tu mousses ! Moustache !

Mille-feuilles

Vert d'eau

S’il y a bien un truc que je déteste c’est ça, s’il est impossible d’empêcher l’homme de vouloir toujours arracher plus à la nature qu’au moins il s’applique et ne laisse pas les choses se détériorer, laissant la végétation se débattre avec les résidus ferro-plastiques. Tout le reste était pourtant plutôt pas mal tenu, mais dès qu’on passe derrière les belles devantures, hop, on jette tout ce qui nous embarrasse à la rivière avant de s’y laver les mains…

Difficile de ne pas y penser. La fin de la ballade a un goût amer me gâchant le plaisir des soixante minutes de descente. Je tombe néanmoins sur des statues des 7 dieux de la chance. Vu l’importance qu’ils ont et le nombre de temples et de lieux qu’on leur dédit, il serait temps que je vous en compte la légende.

Lunettes, rockin’ chair, peau de bête et coin du feu. Ecoutez donc les enfants.

Les Sept Divinités du Bonheur sont plus connus au Japon sous le nom de Shichi Fukujin. A l’instar de Simplet, Prof et leurs compères ils ont aussi chacun leurs spécificités. Il y a là Hotei, un gros bedonnant souriant qui partage ses mains entre une éventail et une bourse pleine à ras bord, il est le dieu de l’abondance, du commerce, du contentement et de la bonne santé . On retrouve aussi Benzaiten qui fait les 35h trois fois par jour en cumulant les postes de déesse du savoir, de l’éloquence, de l’art, de la beauté, de la musique, de la littérature, des sciences, de la vertu, de la sagesse, de la prospérité et de la longévité. Au prochain remaniement diviniministériel elle récupère le le secrétariat de Fukurokuju qui s’occupe pour le moment du bonheur, de la richesse, de la virilité et de la sagesse. Jurojin quant à lui se fait discret en ces temps de crise, se contentant de la prospérité et de la longévité. Il y a aussi Daikokuten, divinité de la richesse, du commerce et des échanges, Ebisu, divinité des pêcheurs, des marchands et de la prospérité et enfin Bishamonten, divinité des guerriers et de la prospérité. Ce dernier a d’ailleurs été récemment impliqué dans une affaire de compte fictifs en Suisse où il faisait voter des morts par dose létale de shampoing L’Oréal à la provitamine B14. Mais cela ne nous regarde pas…

S Club 7 Gods !

Ces divinités proviennent pour la plupart de Chine d’où elles venaient déjà d’Inde. On leur dédit souvent des netsukes, ces petites statuettes en bois. Enfin le septuor se balade généralement en bateau, le Takarabune, non il ne s’est pas échoué avec des litres de mazout et pourtant le nom y fait penser. Ce navire transporte des trésors et débarque dans la nuit du 31 décembre pour apporter, à tout ceux qui y croient, leur dose de bonheur. Il est de coutume de glisser sous son oreiller une image les représentants pour être sûr que la nouvelle année sera réussie. Reste encore à retrouver son lit après des bisous à n’importe qui sous le gui, 5 flûtes de champagne à la main, une langue de belle-mère dans la bouche et un cône en carton de toutes les couleurs dont l’élastique vous étrangle sur la tête. Mais ça la légende n’en parle pas.

Je raccroche mes lunettes et je repars vers Hiyoshi en regardant par la fenêtre du train. C’est dingue, même à 45km de Tokyo, les maisons sont toujours serrées les unes aux autres et l’urbanisme ne semble avoir perdu que ses buildings.

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Kamakura, la capitale d’un siècle


Un samedi, le premier de juillet. Un temps maussade mais l’occasion d’aller au bout de la péninsule de Miura et de voir un peu l’océan pacifique de ce côté de la Terre. Notons que je l’ai pas encore vu de l’autre côté donc mon avis ne sera pas biaisé.

Kamakura a été un temps la capitale du Japon. C’est assez difficile à croire pour une ville qui compte aujourd’hui un peu moins de 175 000 habitants. Un peu comme si Chambéry avait été la capitale de la France. Les Champs Elysée pour Boulevard de la Colonne et les Eléphants pour Tour Eiffel. On s’y croirait.
C’était entre 1192 et 1333, lorsque que le Minamoto no Yoritomo décida de faire de cette ville au bord de l’eau le centre politique du pays du premier shogunat. S’en suit une pièce tragique, ou plutôt tragicomique à y regarder plusieurs siècles après, où tout le monde voulait tirer la couverture.
En 1199, Minamoto no Yoritomo meurt en tombant de cheval, il n’avait pas d’assurance vie et son premier fils de 17 piges accède au pouvoir sous la tutelle de son grand père Hojo Tokimasa. Ce dernier fait du fils un vrai pantin et crée son propre clan pour régner sur le shogunat. Le fiston se rebelle mais se voit assassiné en 1204.  Son fils de 6 ans a lui déjà trouvé la mort tandis que son second fils avait été envoyé se faire moine bouddhiste. En 1219, le second fils de Minamoto no Yoritomo, poète qui ne s’intéresse pas à la politique, est assassiné par…le moine bouddhiste, qui n’est donc ni plus ni moins que son neveu. Lui-même est décapité pour son acte quelques heures après. Carrément plus sanglant que massacre à la tronçonneuse.
Ainsi donc la lignée de Minamoto s’arrête dans un règlement de compte à la O.K. Corral et le pouvoir tombe dans les mains de Hoto dont la dynastie continuera jusqu’en 1333. A cette date, l’Empereur dont le pouvoir sur le pays est moindre par rapport au shogunat finira par assiéger la ville et y mettre fin en s’accaparant l’oreiller. Au cours de cette période, le développement des rizières s’est accru, le commerce amélioré et les samouraïs ont gagné en prestige. Moment de grâce de la féodalité.

Terminus tout le monde descend

Je m’aventure donc pour commencer vers Hasedera, un temple bouddhiste. Pour cela depuis la gare il faut marcher sur 3 bons kilomètres mais ça vaut le coup surtout que j’ai fait du rab’ de train en loupant la station plongé dans un bouquin, marcher me fera du bien. Seule déception, j’ai l’impression que les touristes ont débarqué. Des flots humains d’Américains et d’Allemands ventripotents qui s’amassent comme douze oeufs dans une boîte de six dans les magasins ou dans les lieux de visites. Enfin il faudra faire avec, je trouverai dans la journée le moyen de profiter du calme c’est certain.

Arrivé au pied du temple, je découvre un lieu dont on ne sait pas très bien si c’est le tourisme qui l’a amené à être tel quel ou si c’est le très bon entretient dont il jouit qui attire le touriste. Toujours est-il que c’est un concentré de bonnes surprises.

On est lampion, on est tous ensemble...

Tout d’abord au pied des escaliers qui mènent au temple, deux bassins à poissons qui freinent les poussettes et les gamins en bas âge et vous permettent d’attaquer les marches sans mômes dans les pattes. Premier arrêt pour observer une foule de statues qui entourent un jinja.

Bassin Pierre

Bassin Jacques de Compost'

Passage en revue des troupes

107 et 108ème bataillons du Jozo

Jinja-mbre !

Passées les impressions il est le temps des explications. Le temple a été fondé en 736. Précédemment, en 721, un moine bouddhiste a trouvé près de Nagano un camphrier assez grand pour y sculpter deux statues de Kannon (déesse de la miséricorde), l’une a été intégré à un temple à Nara (près de Kyoto) et l’autre a été jeté à la mer en priant qu’elle reviendrait pour sauver le peuple. 15 ans plus tard elle s’échouait à Kamakura où il fut décidé d’y construire ce temple. Dans ce temple on vénère également Jozo, le protecteur des enfants, et les figurines qui sont ici et qui entourent sa statue représentent les nouveaux-nés disparus.

Le faux problème ici c’est qu’il est assez compliqué de discerner le bouddhisme du shintoïsme. Le dernier était la religion première (j’aime bien vous embrouiller !) mais l’influence chinoise a peu à peu fait son trou et aujourd’hui dans de mêmes temples les deux se mélangent si bien que les dieux d’un courant ont presque trouvé leur place dans l’autre. C’est pourquoi un jinja (sorte de chapelle shinto) peut se retrouver au milieu d’une zone dédiée au culte d’un bodhisattva.

A la poursuite d'Otori Rouge

Je grimpe encore quelques marches et parviens au temple. Une première salle avec un bouddha tout doré, assis et protecteur contre les esprits malins. A côté une salle bien plus impressionnante avec la fameuse statue de Kannon à 11 têtes. En plus de la tête principale elle en possède 3 devant, 3 à gauche, 3 à droite, une au dessus de toutes celles-là et une derrière. C’est ce qui s’appelle avoir une vision à 360°. En plus on fait difficilement meilleur vigie, avec 9m20 au garrot. Elle a été recouverte de feuilles d’or en 1342 seulement. Il devait leur rester quelques lingots sur les bras à pas savoir qu’en faire…

Hase-Dera Et Caetera

Bouddha a-doré

Cette photo a été prise à l’arrache, on n’avait pas le droit
mais moi je sais pas lire les images.

J’emprunte ensuite un petit chemin à travers les hortensias. Là c’est un peu comme à Botanic un jour de fête des mères si vous voyez ce que je veux dire. Les escaliers  font la largeur d’une personne mais certains n’hésitent pas à prendre des photos d’eux empêchant tout le monde de se déplacer…
Cela me permet de prendre de jolies photos de la baie de Kamakura malheureusement plongée dans la brume océanique. Prises à un endroit où les gens pouvaient circuler sur deux files hein, je suis pas con non plus.

Kamakura City

Kamakura Beach

Puis je redescends et j’admire les hortensias vue d’en bas, ils sont d’ailleurs plus beaux d’ici. A côté est un kyozo, une bibliothèque octogonale pour sutras (sortent de parchemins de préceptes et d’idées, mais si comme dans Kamasutra…vous voyez vous connaissez). Il est dit que si on en fait le tour on récolte le même mérite que si on les avait tous lu alors je ne prive pas de faire un tour et puis même un tour gratuit. Comme ça si j’ai un peu de mérite d’avance au cas où.

Il tape sur des bamboos et c'est numéro 1...

Circuit du Kyozo

Zen restons zen !

Wall of Blossoms

Statues Bercules...ba non Bouddha pas Bercules...

Je retourne tout en bas où maintenant que les poussettes sont en haut c’est désert. Je me dirige alors vers les grottes qui abritent des statues de la déesse Benzaiten est l’unique femme parmi les Sept Dieux de la Chance elle incarne la musique, les arts et l’avenir radieux. Seul problème ces grottes sont sombres mais quand je dis sombre c’est qu’on voit une fois sur deux le bout de son nez et qu’en plus ‘Flash is forbidden’. Ce ne sont pas les petites lumières qui éclairent les statues qui compensent beaucoup surtout quand il s’agit de passer dans des boyaux de 80cm de haut dans le noir complet avec un sac qui en fait déjà 20 sur mon dos courbé à jouer au huitième des sept nains.

Caverne d'Ali Bouddha

Je ressors après avoir vu ce qu’il était possible de voir puis me dirige vers le Kotokuin. Y trône fièrement en tailleur le deuxième plus grand bouddha (daibutsu) du Japon. 13m35 de bronze fondu en 1252 et depuis oxydé à en devenir bleu turquoise. Ce poupon de 93 tonnes était auparavant dans un coffret de bois mais le tsunami de 1498 l’a laissé se geler en toge depuis.

Offrandes de parapluies

Bouddha boude

Au moment précis où j’arrive devant la statue il se met à pleuvoir, quel meilleur abri alors que l’intérieur même du grand bouddha ? En effet pour 20¥ (0,18€, soyons précis) on peut aller voir les entrailles de Iron Bronze Man. On se rend alors compte qu’étant dans l’incapacité d’édifier la pièce d’un seul coup, les bâtisseurs l’on fait en plusieurs morceaux et les ont empilés en les encastrant les uns dans les autres. Absolument révolutionnaire pour l’époque. Les précurseurs du meuble Ikéa en quelque sorte.

Comme Pinocchio dans la baleine

Le Grand Moi et le Bouddha

Le creux du bouddha m’ouvre un creux et je décide de profiter de la présence de bancs à l’abri pour déguster mon jambon-cheese toast.
Me voilà à nouveau en pleine forme pour les activités qui m’attendent. Alors qu’il vient de pleuvoir je m’engage dans une randonnée en forêt. Profitant de mes chaussures  en toile tout-terrain et aux semelles lisses comme une peau de cul, je me lance dans un remake de ‘Promenons nous dans les bois’ en remontant le petit chemin boueux.

Le balisage...mais non j'avais pas peur...

Bois de Quat'sous

Sans dessous d'sous-bois

Il ne faut bien sûr pas longtemps pour j’y imite Kenny Slater, Brice de Nice et autres Mick Fanning. Je gère assez mal le Take Off, j’essaye de rester debout et surtout de ne pas me retrouver dans le Tube de boue. Pas simple avec un appareil photo dans les mains. C’est ici plus qu’ailleurs qu’on voudrait voir des escalators !

Escaliers naturels

Faux rets

Soulèvement arboricole

Arrivé au bout de la ballade ‘A gadoue dou dou pousse la nana, il est mou le café’ s’offrent à moi quelques sanctuaires shinto. Le premier, Kuzuharagaoka, est au bout d’un jardin sans jardinier. Le sanctuaire au contraire du jardin est très bien tenu et les chats montent la garde en ronronnant. Assez intimiste il fait immédiatement un contraste saisissant avec ma visite matinale.

Chats Pachas

Entrez, c'est ouvert !

Dragon enrhumé

Moi Tarzan, toi Jinja !

Je file ensuite à Zeniarai Benten Shrine histoire de m’enchérir un peu. En effet, Zeniarai vient de zeni (argent) et de arai (laver) et selon la légende, tout l’argent qu’on laverait dans la source qui coule dans ce temple serait doublé. Une aubaine quoi, d’autant qu’il est plus facile de faire une lessive de pièces que de gagner au loto. Le temple a été construit sous Minamoto no Yoritomo, l’apprenti cavalier dont je parlais plus haut, après qu’il lui soit apparu dans ses rêves une illusion de dieu lui ordonnant d’édifier un temple pour ramener la paix. Comme rien n’arrive par hasard ce rêve a eu lieu l’année du serpent, le mois du serpent et…si si, le jour du serpent. Alors tant qu’à faire on l’a aussi dédié à la déesse bouddhiste Benten associée aux ornithorynques. Non je rigole, aux serpents bien sûr. Ce temple est un autre vestige de la communion des cultures bouddhiste et shinto, communion relativement ébranlée quand sous l’ère Meiji on a tenté d’émanciper le shintoïsme.

Rica Zeniarai

Tout commence par l’entrée, un petit tunnel d’une vingtaine de mètres nous conduit au coeur du sanctuaire. Là pour 200¥ on hérite d’une bougie, d’un bâton d’encens et d’une jatte en osier. On allume la bougie, on brûle l’encens et hop direction la petite caverne pour vider sa tirelire dans la flotte. J’ai pas super confiance en la résistance des billets japonais alors j’ai mis dans mon panier uniquement des pièces. Toutefois je me suis dit que tant qu’à doubler, autant doubler un maximum alors j’y ai aussi mis la carte bleu…Jackpot !

Anniversaire à la shinto

Feu de camp

Lavage de CB à 10° pour éviter les bouloches

Le reste du sanctuaire est assez classique, tout aussi charmant que les autres du coup et avant que l’heure tourne je me dirige vers Kewaizaka. Ce sommet de colline a été un lieu important dans la période Kamakura, il était tout d’abord l’une des seules places où les marchands et commerçants pouvaient s’établir mais aussi une zone funéraire d’où on a excavé des restes de crémation puis il fut le théâtre de la bataille entre les soldats de l’Empereur et ceux du Shogunat en 1333.
On peut retrouver la statue de Minamoto no Yoritomo en position bouddhique et plus loin après avoir fait du ventriglisse sur terre mouillée un très grand cimetière à l’aplomb d’une falaise et au milieu de la jungle. Quelques rares ouvertures entre les branches offrent aussi de très beaux panoramas de Kamakura.

Où t'as mis ma moto ?

Manque la vahiné de Tahiti douche

Un, deux, trois ! Roi du silence !

Kamakurarbres

En bas du chemin, Jufuku-ji Temple, un lieu d’une rare quiétude que seule un gros coup de cloche ne saurait déranger. Ce temple est le troisième d’une série de cinq temples de l’école bouddhiste Rinzai à Kamakura.

Roundup, les désherbants

La copine de Frère Jacques

Insecateur Go !

Profondeur de champ

Porte en bois

Puis Kaizoji Temple et la légende qui veut qu’une des statues ait la tête de Bouddha enfoncée dans l’utérus. Ca vous en bouche un coin hein ?

Ya un truc qui cloche ?

Kaizoji Mini Criquet !

Ishidan son froc

Statues Térus ?

Je continue ma route des petits temples qui bien que normalement fermé laissent quand même le visiteur y pénétrer pour peu qu’il soit discret. Ainsi Yakuoji Temple est un autre exemple du bouddhisme sans prétention avec lui aussi sa petite histoire dont Père Castor a tout oublié. Néanmoins le temple est bien entretenu et on peut apprécier le changement entre un cimetière à l’ancienne et sa version plus moderne.

A l'ombre pour l'éternité

Totems sans indiens

Yakuoji Lbert Montagné

Yakuoji Rais bien refaire un tour du côté de chez Swann

Enfin passage devant Jokomyoji Temple, un peu moins intéressant celui-là, ça m’étonne pas qu’il soit même pas marqué sur la carte.

Je reviens jusqu’à proximité de la gare de Kamakura en passant des rues commerçantes, il fait bon retrouver ces petits magasins quand la pluie revient. Retour à Hiyoshi par la Yokosuka Line puis la Tokyu Line sans louper le bon arrêt cette fois.

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Welcome Foreigners !


Dernier mercredi de juin. Lei et Naohiro, deux personnes du labo où je bosse m’invitent à la soirée de bienvenue d’étrangers. L’un d’eux, Bram, Belge de son état, était le correspondant de Lei quand elle est allée passer quelques mois à Gand (où Gent si vous êtes flamands).
Après le boulot on arrive donc vers 19h à Shibuya, un quartier carrefour du sud-ouest de Tokyo bondé à tout moment de la journée. On y retrouve Kanako et Yuki, les deux organisatrices de l’IAESTE, un programme international qui gère les stages et les à-côtés pour les étudiants étrangers.

Il n’y a pas que Bram qui débarque à Tokyo, il y a aussi Alexander le Finlandais, Sandro l’Espagnol-Suisse et Cleber qui nous vient tout droit du Brésil. Enfin ce dernier vient d’arriver à Tokyo mais il était sur Kyoto auparavant. C’est assez génial de les voir se faire les mêmes réflexions que moi un mois plutôt.

Le tour du monde en 9 personnes : Kanako (Japon), Cleber (Brésil), Alexander (Finlande), Moi (Cocorico, Equipe de grévistes...), Naohiro (Japon), Bram (Belgique), Sandro (Suissespagnol), Yuki (Japon), Lei (Japon)

On choisit la formule tout le monde commande un truc et on pioche dans les plats ce qui permet de goûter un peu à tout et on saupoudre d’un peu de bière, de saké et de quelques kanpaï. On discute un peu et surtout en anglais ce qui est quand même plutôt une bonne nouvelle. Mes précédentes rencontres étrangères avaient le mauvais goût de parler le japonais si bien que dès qu’un local se trouvait dans la discussion et comme ils ne sont pas trop à l’aise avec le British, c’était au final moi qui ne comprenait plus rien.

On se planifie des sorties, notamment de grimper le Fuji-san, le Mont Blanc japonais si vous voulez et d’aller voir du côté de Kyoto dans le mois à venir. Kanako et Yuki nous proposent d’organiser le Mont Fuji ce qu’on accepte volontiers vu qu’elles semblent quand même mieux placées que nous pour le transport et les conditions de l’expédition. D’un seul coup quelqu’un décide de prendre une photo de la soirée et son geste engage l’ensemble des participants dans une tentative de mitraillage des autres à la manière d’un sérial killer. Assez épique.

Bram, Sandro, Yuki et Lei en bagarre de Nikkon

Un serveur sûrement aux petits soins, Cleber et Alexander dans une bataille Panasoniquienne

On continue de blaguer dans une bonne ambiance, les Japonais prennent plutôt bien les remarques des étrangers désespérés qui trouvent que certains moeurs du pays sont quand même des plus décalés. Par exemple, pourquoi et comment les Japonais peuvent-ils dormir n’importe où ? Dans le métro sur ton épaule, au boulot sur leur bureau, à la banque sur un siège en salle d’attente…

Lei, Kanako, Cleber et Alexander revenus à une activité moins artistique

Encore un mystère qu’une choppe de bière ne résout pas.

On aura aussi découvert qu’au Japon on peut sonner le serveur. Il y a un genre de sonnette comme dans les vieux hôtels pour réveiller le proprio. Nous évidemment on s’en est servi de buzzer de Questions pour un Champion. Verdict, il est jamais venu.

Ah ouais, ah ouais ouais ouais, il marche bien l’engin…Je dis oui monsieur.

Comme d’habitude, les soirées japonaises prennent fin quand vient le dernier métro qu’on manque de louper. Il me semble d’ailleurs qu’Alexander ratera sa correspondance et raquera pour un taxi…

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Japanese Niceties n°5


Si Channel n°5 est LE parfum, alors ces Japanese Niceties sont promises à un bel avenir.
Retour sur un weekend entre Odaiba et Chiyoda-Ku.

Samedi, Odaiba.

Ce qu’il y a de bien quand on est touristes, c’est qu’on est toujours capable de trouver pire que soi.

Toutou à sa mémère

Cheese the dog !

En l’occurrence les Japonais qui font porter des lunettes et un maillot de l’équipe nationale à leur chien et posent devant la Statue de la Liberté, je pense qu’à côté je peux pas rivaliser.

Plus loin je vous replonge et pas que métaphoriquement dans l’univers des Beatles !

Sky of blue and sea of green in our Yellow Submarine...

Et ouais le Yellow Submarine. We all live in a Yellow Submarine, Yellow Submarine !

Par la suite dans la journée, le musée de l’innovation de Toyota m’a donné deux perles. Deux voitures.
Premièrement la voiture chat.

Cat Car (très bonne blague s'il en est...)

Chat en jette hein ? Ca me rappelle Isidore des Entrechats.

Et deuxièmement la voiture ‘je-sais-pas-quoi’.

Une copine du bus magique ?

A la limite ça ressemble un peu à une goutte d’eau, mais une goutte d’eau avec une bouche quand même. Même au RAC on en a pas des comme ça…

Vous vous souvenez je suis passé par une expo’ de voitures aussi (il en a pas marre avec ces bagnoles là ?). Et je suis par exemple tombé sur ça.

Pour la limousine de Brendon et Brenda le panneau est dans une salle adjacente de 100m de long

Parmi toutes les plaques la mienne ce serait plus celle en haut à droite malheureusement.

Dans ce même ‘musée’ un véhicule pour le moins particulier.

Dans ma benz benz benz !

Hey poupée, tu grimpes à l'arrière ?

Bon si vous vous demandez ce que c’est là au moins je peux vous fournir des explications. C’est un scooter-cabine-tandem à 3 roues. Je sais vous voulez déjà en savoir plus. C’était construit par la firme allemande Messerschmitt qui produisait des avions et des bombes pendant la seconde guerre mondiale. Pendant 10 ans à partir de 1953 elle a commercialisé ce joujou qui peut atteindre 95km/h.
Elément intéressant, ce side-car couvert et non scindé ne possédait pas de marche arrière et pour reculer il fallait inverser le sens de rotation du moteur en redémarrant mais en tournant la clé dans l’autre sens. Un véritable plaisir sur un parking.

Et puis parce qu’il faut bien que les gens nous fassent autant rire que les engins à moteur.

Sur cette photo le pilote est un mannequin, les autres sont encore bien vivants.

Trouvez l'intrus

Dimanche, Chiyoda-ku.

On attaque en remontant vers la zone impériale par deux enseignes.

Pour commencer, la pièce montée de cravates.

Des cravates pour Antoine d'Atol

Et derrière on passe dans le registre gastronomique supérieur avec la boutique de Joël Robuchon.

Bon appétit bien sûr !

Du sel et du poivre du moulin !

En voulant traverser la route je tombe sur un curieux automate.

Musclé du bras droit

Il faut l’imaginer remuant le bras avec vigueur dans un mouvement arcdecerclique répété. Une belle gueule de Playmobil.

Plus tard dans la journée je me rends compte que les élections locales sont lancées au Japon.

Ségolène Royal et François Bayrou s'y cachent

Le moins qu’on puisse dire c’est qu’il y a d’autres couleurs que les oranges, les rouges et les verts…

Dans le vide-greniers j’ai joué à ‘Où est Charly The Frog ?’.

Après l'homme grenouille, la chaise grenouille

Nan mais la chaise de jardin pour bébé au milieu du reste quoi…

Puis à proximité de Yasukuni Shrine, j’ai laissé Ahiru faire joujou.

Avec un canon d’Odaiba justement. Un vrai pirate !

Rackham le jaune !

Puis avec un dragon sirène pas commode. Même pas impressionné.

Pas éternuer, pas éternuer !

Enfin en revenant, dans le métro j’ai croisé des supporters des Tigers d’Osaka qui jouaient contre les Tokyo Giants, en baseball évidemment.

Jaunes canard ! Ha non Tigres...

Et ben ils sont supporters de la tête au pied et tu peux pas les louper.

Allez c’est tout pour cette fois, à la prochaine.

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Chiyoda-Ku entre Kokyo et Yasukuni Shrine – Part 2


En route pour Kitanomaru Garden…bon en fait c’est pas loin faut traverser la route justement.

C’est un parc tout aussi grand que le précédent qui comprend notamment le Science Museum et le Nippon Budokan.

Je passe devant le premier et je rentre. Là je flaire le mauvais plan, 600-700¥ l’entrée et ça m’a l’air d’être encore un truc pour Fred et Jamy, des expériences pour les tout petits. Je renonce donc et rentre dans une salle parallèle où se tient se tient une petite expo/vente sur 50m², un truc qui ressemble à la réunion des artisans du quartier. A l’entrée une dame qui me demande des sous, j’ai compris 100¥ alors je sors une pièce et lui tend, elle la prend mais me dit qu’il en manque 4 autres. What ? 500¥ juste pour rentrer à un truc comme ça ?? Du coup je redemande gentiment mon argent, ça me fait un peu passer pour un crevard mais c’est pas grave.

Je m’enfonce dans les sous-bois du jardin pour entendre les oiseaux et le cours d’eau qui le traverse.

Jeux de plateformes

L'eau cool

Chut ! Ya bambi qui dort !

Une petite cascade plus tard je tombe sur quatre enfants sur un pont dans la position dite du ‘mal de mer’. Mais il n’en est rien, ils pêchent des mollusques à voir ce qu’il y a dans le tupperware à leurs pieds. Plutôt peu commun comme pratique la pêche à la crevette sur un pont dans un parc. Enfin…

Misters Galette ?

Nan, pêcheurs de crevettes !

Je continue vers le Nippon Budokan qui se trouve à quelques encablures de là. Ce bâtiment est mondialement connu pour être le théâtre de concerts et c’est le premier endroit où se sont produits les Beatles au Japon en 1966. Initialement pourtant il avait été construit pour accueillir les compétitions de judo des jeux de 1964 à Tokyo et évidemment il sert toujours à cet effet ainsi que pour d’autres arts-martiaux. Il peut accueillir 14 000 personnes assises et a vu passer d’autres artistes de renommée mondiale depuis, de Deep Purple à Oasis en passant par ABBA et Muse.

Johnny compte y venir pour sa 52ème tournée d'adieux

Coup de chance ou pas, aujourd’hui il est ouvert puisque visiblement vient de se dérouler une compétition de judo en début de journée et que les derniers judokas enlèvent leurs ceintures et quittent leurs peignoirs (ouais des judogi je sais). Je me glisse à l’intérieur de l’enceinte et je me dis que pour une fois j’aurais bien voulu la voir pleine ça doit quand même être quelque chose ça doit bouillonner là dedans.

Jus d'eau K et Tata Mi

L'écho doit être bon...bon...bon...

Après ça je grimpe quelques marches et trouve un petit temple au dessus de la Tayasu Gate. C’est charmant mais c’est fermé, je ne suis même pas sûr que ça soit ouvert souvent. Prenons la porte et allons voir plus loin.

Dans l'sanctuaire abandonné...

...Fenêtrage en bois fermé.

Au bord de la route je découvre un square (un carré de 5 par 5) avec une sorte de phare  en pleine ville dont la nature est toujours indéfinie mais aussi un marin sur un cheval, Captain Iglo sur Jolly Jumper sera son nom puisque je ne sais pas non plus de qui il s’agit.

Phare à on ?

Imperturbable

Je rentre alors dans la zone de Yasukuni Shrine par un nouvel et immanquable otori. Je remonte une grande ligne droite face à une nouvelle statue. Cette ligne droite est bordée d’échafaudages mais ce n’est pas pour cause de réfection, d’ici 15 jours a lieu le Minamata Festival, célébration haute en lumières et en lanternes. Je me suis déjà promis d’y revenir pour l’occasion.
Cette statue c’est celle de Masujiro Omura, un haut gradé militaire japonais à la fin du shogunat appelée Bakumatsu, cette période d’ouverture du Japon au reste du monde. Il est considéré comme le père de l’armée moderne du Japon (du temps où il avait encore une armée).

Un homme dans la lumière. Je sais on le voit pas bien mais c'était pas pas un bon coup de toute façon...

Sur les abords de cette allée se tient, ou plutôt se tenait puisque c’est l’heure de ranger les cartons, un marché d’antiquités, objets d’art, babioles et bibelots. Je fouine un peu mais tous les prix des objets intéressants semblent avoir plusieurs zéros de trop pour mon portefeuille.

Louis la brocante

Le marché du caillou coloré

Au bout de l’allée une nouvelle grande porte, on dirait que le mot petit a été banni du langage. Derrière c’est Yasukuni Shrine, un sanctuaire construit en 1869. Il est encore l’heure de faire une petite parenthèse historique, celle-ci me semble autant nécessaire qu’intéressante. Petit air grave de circonstance.

Là c'est juste la chatière...

Dimanche, le jour de la lessive !

Fin 1867 commence à s’instaurer l’ère Meiji après que les shoguns aient décidé que des changements politiques devaient s’instaurer en laissant le trône vacant aussitôt occupé par Mutsuhito (qui pris plus tard le nom d’Empereur Meiji). Toujours reconnue comme s’étant faite sans faire couler de sang par certains manuels scolaires ici, elle n’a en fait pas été si tranquille. Début 1868 certains courants soutiennent toujours l’ancien shogunat et aidés par des militaires français se rebellent contre l’armée impériale lors de la guerre civile de Boshin. Les samouraïs du shogun finissent en mai 1869 par se rendre après plusieurs replis sur les îles les plus au nord de l’archipel. A l’issue de cette bataille on construit le temple Yasukuni pour honorer au rang de dieux les 3500 guerriers s’étant battus pour soutenir l’Empereur en déifiant leurs âmes. Ce n’est qu’ensuite que la modernisation du Japon s’opère et que le rang de samouraï disparaît peu à peu malgré leur soulèvement dans la rébellion de Satsuma dont s’inspire le film Le Dernier Samouraï.

Si tout en était resté là il n’y aurait pas eu de polémique mais d’autres événements sont ensuite survenus. L’Empereur Hirohito accède à ses fonctions en 1926 et engage une politique colonialiste qui vise à étendre l’empire qui possède déjà la Corée, la Mandchourie et Taïwan et déclenche la seconde guerre sino-japonaise qui l’amène à conquérir la Chine dans sa partie Est. A la suite de tous ces conflits coloniaux (pré-Hirohito comme sous son règne), les soldats décédés ont eux aussi été déifiés. Puis il ordonne la création de la très fameuse Unité 731 responsable de vivisections sans anesthésie, tests de maladies comme la peste ou le typhus sur des cobayes humains vivants tels que des prisonniers de guerre, des opposants ou des civils jugés comme déloyaux. Cette unité avait pour but de faire des recherches afin de pourvoir le régime en armes bactériologiques et a été reconnue responsables de crimes de guerre comme un certain nombre d’autres unités.  Tout comme des gradés de l’Empire ont été jugés criminels de guerre après 1945.
En 1959, 1068 personnes en plus des plus de 2 millions de soldats morts pour le régime sont déifiées elles aussi, ces personnes ont été reconnues coupables de crimes contre l’humanité ou de crimes de guerre. En 1978, elles sont rejointes par 14 personnes responsables de crimes contre la paix. Après ce dernier ajout, Hirohito décide de ne plus se rendre en pèlerinage au sanctuaire Yasukuni en confiant que c’était à cause de la déification de criminels alors qu’il était le premier instigateur de l’ensemble de ces manoeuvres.

Ce temple est donc reconnu comme un symbole du colonialisme et du nationalisme, un symbole dans le sens le plus pervers du terme.
A proximité et géré par la même association, un musée, le Yushukan, qui retrace l’histoire de l’armée japonaise et qui est lui aussi vivement critiqué pour faire l’apologie de son histoire colonialiste en la décrivant comme une volonté de libération des peuples, oubliant totalement les épisodes comme le massacre de Nankin qui fit environ 200 000 victimes civiles chinoises en 1937-38 et en seulement 6 semaines lors de la seconde guerre sino-japonaise et passant sous silence l’ensemble des crimes de guerre commis pendant la seconde guerre mondiale.

Bref, comme toujours il y a plusieurs manières de raconter l’histoire, l’objective et la subjective en sont deux parmi tant d’autres mais certains épisodes ne doivent pas être oubliés ou transformés. Là est toute la difficulté du métier d’historien.
Cependant je ne pouvais pas à mon sens exposer cette visite sans parler d’éléments si importants que j’ai essayé de rapporter de façon aussi neutre que possible. Le Japon c’est aussi ça, au même titre que la France certains épisodes sont douloureux mais ne doivent pas pour autant être occultés. Au risque que l’histoire se répète comme elle a si souvent tendance à le faire.

Kamikaze : 'Maman ! J'ai raté le porte-avions !'

Une petite remarque aussi, je ne me juge pas moralisateur, mon avis transparaît lui aussi, j’espère que là où il figure il est assez net pour être ressenti et qu’il s’efface quand l’objectivité devient nécessaire. D’ailleurs personne le sait mais Père Castor était d’ailleurs un fan du grand méchant loup et détestait le petit chaperon rouge (si si je l’ai lu dans Closer !).

Dans le coin je retrouve une scène comme à Shinagawa lors de ma première visite. Par contre je n’ai pas trouvé d’arbre en face de celui représenté en peinture. Si ça se trouve ils en ramènent un en pot de Jardiland quand ils jouent une pièce de théâtre…

Mon beau sans pin roi des sanctuaires...

En continuant à marcher j’arrive à un autre oasis zen comme les Japonais m’en ont déjà tant fait voir. Dans ce parc il y a comme à chaque fois un petit plan d’eau mais dans celui-ci des poissons jouent à à la Course Saugrenue d’Alice au Pays des Merveilles. On dirait des poissons rouges dans un bocal seulement il font la taille de ma cuisse et au moins son poids.

Dragons du Mékong revisité

Avant, Arrière, Dessous, Dessus, Pour nous réchauffer, Faisons la course saugrenue

La nageoire ou la cuisse ?

S’en suit un moment d’errements où je ne suis plus que mon instinct en direction d’un hypothétique plan qui me sortirait de l’embarras. En effet depuis la perte de mon Routard la veille je n’ai plus qu’un carnet-prospectus de Tokyo avec des plans de plusieurs quartiers mais aussi des zones d’ombre entre eux qui renvoient le touriste que je suis à ses capacités d’orientation en milieu urbain. Comme si je savais lire l’heure en regardant l’ombre d’un gratte-ciel ou si je pouvais deviner vers quel point cardinal je me dirige quand la mousse pousse des deux côtés du tronc.

Enfin je me repère quand même tant mal que mal et je passe tout d’abord aux abords de la station de métro Nidabashi, je découvre par la même occasion qu’une zone de pêche est implanté à une quinzaine de mètres des voies du train qui longe la rivière. Les gens y viennent seuls comme en famille, payent pour un petit emplacement et peuvent pêcher et ramener leurs prises chez eux.

Le poisson de 18h10 est en approche, veuillez vous éloigner de la bordure du quai.

Si j’étais eux j’hésiterai à manger ce qu’ils attrapent, ça doit pas être les poissons les plus recommandables au monde. J’espère juste que j’en mange pas tous les jours sans le savoir…
Alors que la pêche est une activité qui requiert patience et calme pour être fructueuse, j’imagine mal comment elle peut être compatible avec un passage de train toutes les 10 minutes, train qui arrive justement en gare de l’autre côté du pont.

Bon plan : la station est accessible en canoë

Je continue en longeant la rivière jusqu’au Palais d’Akasaka. Ce palais achevé en 1909 était la résidence du Prince de l’empire et a été celle d’Hirohito jusqu’en 1928. Depuis 1974 elle est devenue à la fois une immense chambre d’amis pour représentants politiques extérieurs de passage mais aussi le lieu d’évènements internationaux des hautes sphères étatiques comme le G8 ou l’APEC (Coopération Economique pour l’Asie-Pacifique).

Sarkozy est passé ici mais il devait être un peu perdu...

Je finis par rentrer à Hiyoshi en ayant encore marché un peu pour rejoindre Shinanomachi, mais c’est ma faute aussi j’essaye de me repérer à l’aide des étoiles en plein jour…

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Chiyoda-Ku entre Kokyo et Yasukuni Shrine – Part 1


Dimanche 27 juin, soleil en ouvrant les rideaux c’est parti pour le centre de Tokyo et sa partie impériale. Comme toujours un peu de métro. Je crois que pour vivre au Japon s’il y a bien un truc auquel il ne faut pas être allergique c’est bien les transports en commun.

Arrivé à Tokyo Station je me repère tant bien que mal sur un plan pour trouver la bonne direction. Cette station a une partie historique construite en 1914. Elle disposait alors de superbes dômes en verre pour plafonds. Seulement en ’45, deux beaux bébés envoyés par des B-29 lui sont tombés dessus et ont anéanti ses dômes. Ils furent reconstruits comme de simples toits angulaires la même année. Ensuite la station s’est bien sûr considérablement développée accueillant toujours plus de lignes pour former un réseau de plateformes entre le Shinkansen (TGV japonais), le métro de Tokyo et bien sûr les trains JR (Japan Railway, assimilables à des TER).
La station est en ce moment en pleine reconstruction pour lui redonner son lustre pré-45 mais du coup sa façade est recouverte d’échafaudages. Et ils ont rien d’anciens…

Petite remontée de rue où à chaque fois que mon regard change de côté de la rue j’ai l’impression que les gratte-ciel sont encore plus haut pour arriver à l’immense zone du palais impérial qu’on appelle ici Kokyo (la Résidence de l’Empereur). Celle-ci se démarque du reste en étant entourée par les douves Babasaki d’une largeur de plusieurs piscines olympiques.

Roger ? Dis à Bébert que j'arrive dans un quart d'heure, je prends l'ascenseur...

Là où Laure Manaudou faisait ses longueurs

Mais ce ne sont là que les prémisses de la sensation d’espace infini qui se dégage. Ce qui claque c’est que tout autour les immeubles sont légions, tous à faire la course vers les nuages et d’un coup d’un seul un espace où le regard ne finit pas sa course devant une rangée de vitres à 10m de là et avec pour seul échappatoire la cime de l’immeuble en question. Ici les allées sont comme des pistes d’atterrissage. Les jardins extérieurs du palais sont peuplés de petits pins ‘méditerranéens’ et de gens faisant les lézards à l’ombre. Je n’ose imaginer le nombre de jardiniers qui y travaillent mais l’herbe doit être coupée à 1cm aux ciseaux. Rien ne dépasse. C’est un peu Wembley un jour de match ou le jardin de Tiger Woods.

Elle est laaaaaaarge !

Le seul endroit où le jardinier est pas passé ce matin. C'est dire.

Je stoppe un instant pour une petite remarque de l’autre idole des jeunes, Père Castor. Plusieurs cycles de gouvernance se sont succédés ici et le site a pris au fur et à mesure plusieurs noms différents. Le Château de Chiyoda (chiyoda étant le nom du quartier) a été construit en 1457 par un brave samouraï multi-fonctions puisqu’il était aussi moine bouddhiste, tacticien militaire et poète en plus de son titre de guerrier. A cette époque encore le pouvoir du maître des lieux n’avait pas d’influence longue distance. Puis c’est devenu le Château d’Edo, la résidence des shoguns  (dynastie de dictateurs militaires) qui régnèrent sur le Japon pendant 265 ans (1603-1868).  Ensuite durant l’ère Meiji la gouvernance reprit les lieux en l’instaurant comme le Palais Impérial soit comme je l’ai déjà dit plus haut : Kokyo. Au cours de ces périodes successives des aménagements ont été menés et ont chacune apporté leurs particularités.

Je me dirige tout d’abord tout droit pour aller voir le pont Nijubashi qui mène à l’entrée du palais. On peut apercevoir au dessus du pont la Fushimi Yagura, sorte de tour de guet (yagura veut dire tourelle défensive). L’entrée du Kokyo est gardée par des hommes en uniforme. En fait le palais est fermé toute l’année ici, tout simplement car il est toujours habité par l’actuelle famille impériale. L’empereur ne possède selon la constitution plus aucun droit direct sur les affaires du pays, celle-ci ne lui confère que quelques droits de gestion si la situation le demande. Cependant il est toujours considéré comme un représentant de l’Etat japonais et est reconnu à cet égard par les autres pays.
L’ouverture du palais n’a lieu qu’à deux reprises dans l’année. La première pour le Nouvel An (le 2 janvier). La seconde, le 23 décembre, pour l’anniversaire de l’empereur qui est actuellement Akihito (sa femme, l’impératrice Michiko) et ce depuis 1989, date à laquelle il a succédé à Hirohito, dernier empereur de l’Empire du Japon et celui l’ayant dirigé pendant la seconde guerre mondiale.

Le pont sur la rivière kawaii !

Un garde qui garde (et ouais) une porte qui s'ouvre deux fois par an...

Conclusion c’est pas en plein moi de juin que je vais pouvoir aller à l’intérieur. Concernant le palais il a été bombardé pendant la deuxième guerre mais a été reconstruit à l’identique par la suite. Petite anecdote en passant, pendant le bulle immobilière des années 80 au Japon, les 7,41km² sur lesquels s’étendent le palais et le parc adjacent ont été évalués comme plus chers que tout l’état de Californie.

Le Kyuden (appartements de l’empereur) hors de vue, je me dirige vers les jardins de l’est du parc qui sont eux ouverts au public. Je passe devant l’autre porte menant directement au palais, Sakeshita, où la garde veille. On peut apercevoir de cet endroit et derrière les arbres l’Imperial Household Agency, les intendants de la famille impériale qui gèrent leurs déplacements et activiés.

Ici aussi, on ne passe pas !

Plus loin la porte Kikyo puis la Tatsumi-Sanju Yagura et derrière le toujours inaccessible Privy Council, enfin l’ancien. C’était en quelque sorte le Conseil de l’Empereur et c’est notamment celui qui a établi la constitution de l’Empire du Japon de 1889 aujourd’hui révolue.

La veilleuse aux buildings

La nouvelle constitution mise en place en 1947 sous occupation des Alliés comporte elle un article intéressant dont je me dois de vous faire part :

« Article 9. Aspirant sincèrement à une paix internationale fondée sur la justice et l’ordre, le peuple japonais renonce à jamais à la guerre en tant que droit souverain de la nation, ou à la menace, ou à l’usage de la force comme moyen de règlement des conflits internationaux.

Pour atteindre le but fixé au paragraphe précédent, il ne sera jamais maintenu de forces terrestres, navales et aériennes, ou autre potentiel de guerre. Le droit de belligérance de l’État ne sera pas reconnu. »

Le Japon n’entretient depuis cette date plus aucune armée officielle, il existe seulement une armée non officielle dite d’auto-défense, la Jieitai. De la même manière le Japon a refusé d’acquérir un jour l’arme nucléaire. En rapport à l’histoire c’est compréhensible, mais au premier abord savoir qu’un pays de cette puissance économique n’a pas d’armée c’est un peu déroutant outre le fait que je suis un pacifique par nature.

Déjà un peu fatigué (un vrai sportif quoi…) je m’arrête un instant dans un parc en face de la porte Ote qui mène aux jardins du palais. Ce parc comporte de jolis jets d’eau qui me donnent d’un coup soif. Ahiru décide aussi de mettre le nez dehors, même si l’eau est un peu froide pour s’y tremper.

Autoroute pour bicyclettes avec des feux pour les piétons

Un seul des deux est un animal non polymère

Canard et milieu presque naturel

Je repars ensuite en passant sous la Ote, on me donne un petit jeton carré en plastique que je devrais rendre en sortant (l’accès est totalement gratuit), je n’ai pas bien compris la manoeuvre mis à part qu’il rappelle l’heure de fermeture du parc. De l’autre côté de la porte un petit musée avec quelques peintures, sculptures et des dessins au fusain. Pas de quoi s’emballer mais on y reconnaît un trait japonais certain.

Colgate, non pardon Ote Gate

Je file ensuite et passe successivement devant une série de Bansho, ces lieux où les gardes prenaient leurs quarts. Enfin les gardes, les samurai (samouraïs en français) pardon. Au fur et à mesure les passages se rétrécissent et les murs s’élèvent. Il y a d’abord la Doshin Bansho, puis la Hyakunin Bansho (de hyaku, cent, et nin personne) qui pouvait contenir une centaine de samouraïs et enfin la O Bansho juste derrière le rempart.

Boîte magique à samouraïs sur le qui-vive

Bansho tout le monde (qui trouvera la référence de cette blague ?)

Après une petite augmentation de mon rythme cardiaque suite à une pente prononcée sur quelques mètres, je pénètre enfin dans les jardins. Je me dirige un peu au hasard vers la Fujimi Yagura qu’on ne peut qu’entrevoir, l’accès étant fermé. De cette tour on est censé voir jusqu’au Mont Fuji, d’où son nom. Moi je vois déjà la tour de loin alors le Mont Fuji…

Faut imaginer le Mont Fuji quelque part derrière

Je repique vers le centre du parc pour aller manger à l’ombre des arbres sur l’herbe taillée à la loupe.

Comme d’hab’ le jambon-toast cheese entre deux pains de mie ça vous requinque un homme et me voilà partie pour la partie en contre-bas des jardins, Ninomaru. Dans ces jardins on peut retrouver la Suwa-no-Chaya, une maisonnette dans laquelle on prenait habituellement le thé. C’est le seul bâtiment de cet endroit paisible avec son étang, ses nénuphars, ses cascades, ses iris et ses bosquets bien ronds. Alors que quelques gouttes me tombent sur le coin du nez, j’en profite quand même pour apprécier la zénitude des lieux.

Mister Tea et Dr House

Si vous êtes pas daltonien, c'est vert

Mirror effect

Jets d'eau naturels

Angiospermes (des nénuphars quoi...tout de suite je vous vois venir)

Les iris se hérissent

Il possède la caractéristique d’abriter 260 arbres qui ont chacun été donné par une préfecture du Japon. Ainsi le Japon entier est représenté dans ce parc par un arbre et une petite pancarte donne le nom de la préfecture sur chaque tronc mais uniquement en japonais. Dommage j’aurais bien voulu savoir qui avait donné ces palmiers…

Palmiers non palmés

Je remonte ensuite dans la partie supérieure, au bout du jardin et à l’opposé de l’endroit par lequel je suis arrivé, trône un Music Hall, Tokagakudo, qui fut érigé pour célébrer les 60 ans de l’impératrice Kojun, femme de Hirohito, en 1963 (bien que le bâtiment fut achevé en 1966). Ce bâtiment est un octogone et sur chaque face une mosaïque représentant des oiseaux dans la nature. Le toit a une forme de clématite, fleur à huit pétales, mais on ne peut pas l’apercevoir. Ca aurait été un trèfle à 8 feuilles que j’y aurais moins cru quand même.

La boîte branchée en 1966

Puis derrière je grimpe le donjon Tenshudai ou enfin ce qu’il en reste. Cette partie du Château d’Edo achevée en 1638 a été détruite dans un incendie en 1657 et jamais reconstruite. Il faut dire qu’ils l’avaient commencé en 1607 alors 31 ans pour bâtir un truc qui tient 19 ans debout ça doit foutre un peu les boules…
Il faisait quand même 58m de haut ce qui en fait le plus haut donjon jamais construit au Japon. Quand on vous dit que ya pas que la taille qui compte…

Donjon entre deux couches de gris

Oui oui, ils ont aussi tondu ici...

La base de ce donjon est l’un des uniques vestiges de la période Edo avec les douves qui entourent toute la zone. Le château était alors séparée en trois zones qui sont aujourd’hui occupées par des plates-bandes, des poussettes et des gamins qui jouent au ballon pendant que leurs parents piquent une sieste. Il y avait Omote pour les cérémonies publiques et lieu de travail des conseillers du shogun, Nakaoku, lieu de vie et d’administration des affaires courantes du shogun et Ohoku le lieu de résidence de ce même shogun et de sa famille. Aujourd’hui ceux qui font la loi c’est les corbeaux.

Terrain de foot pour corbacs

Je ressors des lieux par la Kitahanebashi Gate en redonnant mon si précieux jeton et me dirige vers Kitanomaru, un parc qui a carrément le statut de district.

Le pédiluve

Le 12, tu sors !

La suite en Part 2.

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Odaiba Island, artificielle mais pas superficielle


Dernier samedi de juin, je décide d’aller faire un tour de l’autre côté du Rainbow Bridge que j’ai pu apercevoir lors de la virée en bateau. Celui-ci relie Tokyo à une île artificielle, baptisée Odaiba mais aussi connue sous le nom de Daiba. Daiba ça veut dire forteresse, et au départ cette île faisait partie d’un immense complexe d’îles créées de toutes pièces en 1853 pour abriter des canons et se protéger des invasions maritimes, tout cela après la forte impression qu’avait donné le Commodore Perry, celui dont je vous parlais l’autre fois, et éviter que la déconvenue ne se répète.
Aujourd’hui bien sûr et après sa transformation au cours du XXième siècle en zone à la fois commerciale et de loisirs, il n’est plus question de se protéger d’une quelconque invasion.

Pour accéder à cette île, le moyen le plus simple et le plus impressionnant c’est de prendre la Yurikamome Line, ce ‘monorail’ automatique et donc sans pilote qui se faufile entre les buildings puis passe au dessus du Rainbow Bridge.

Mieux que les montagnes russes

San Franciso je t'aime...ah non Tokyo...

C'est comme une crêpe ya deux côtés...

Je descends à la première station après le pont. Quelques pas plus tard je suis au bord de l’eau, une plage tout aussi artificielle que l’île dans Odaiba Kaihin Park. Il est l’heure de faire honneur à mon ahiru en plastique (canard dans la langue locale) qui après plusieurs semaines coincé dans mon sac sans voir le bord de mer avait quand même clairement envie de se dégourdir les palmes. Temps de chien ou temps de canard, il se met à faire des gouttes. Evidemment comme en partant 2 heures plus tôt il faisait grand beau j’ai pas pris mon parapluie et je raque donc 3€ encore une fois. Là où on le regrette encore plus c’est quand en ressortant du magasin il ne pleut plus…

Première trempette saline

A la recherche de la vague proprice...

A chaque pirate son perroquet !

Ensuite c’est à moi de me dégourdir les jambes, en route pour le Rainbow Bridge, c’est pas tout de le traverser en transport en commun, mes pieds aussi y ont droit. Je ne compte pas aller jusqu’à l’autre extrémité mais au moins jusqu’au point culminant.
Il y a pour cela deux voies, tout dépend de ce qu’on veut admirer, je choisis la voie Nord avec la vue sur l’intérieur de la baie de Tokyo. Les passages entre les deux sont presque inexistants ce qui fait que ce choix est un peu rédhibitoire mais bon tant pis.

Le pont est en fait une double plateforme, au dessus une autoroute Shuto Expressway et en dessous la ligne du métro monorail bordée de chaque côté par la route 357. La zone accessible au piétons est aussi sur cette partie inférieure.

Chacun son sens de circulation

J’arrive donc finalement au milieu du pont et malgré le temps capricieux et couvert je profite d’une vue époustouflante sur la baie. Pour le calme par contre on repassera, le bruit incessant des voitures lancées à toute berzingue et la résonance créée par la superposition des plateformes finit par donner mal à la tête.

Bay Bay Bay comme le jour !

C'est un Canary Bay ! Ouh ouh !

Bay Ker Street

I Bay Live I can fly !

Au retour et comme la passage piétons borde la route, on ne se sent pas vraiment en sécurité, surtout que peu doivent respecter les vitesses de 40 ou 60km/h marquées au sol, à moins que ce soit le nombre de fois la vitesse du son…
A chaque voiture qui passe on tremble un peu, on se bouche les oreilles et on ferme les yeux.

Je profite d’un passage entre les deux voies pour rejoindre celle du Sud sur la partie la plus proche de l’île. Moins marquante à mon avis mais qui permet d’avoir une petite vue sur ce front de mer conçu de toutes pièces. On voit très bien la station de télé privée Fuji TV d’ici, le bâtiment avec la grosse boule et les passerelles. Avec au premier plan l’extrémité du parc de Daiba.

Vert de gris

Je repasse sur la plage où se déroule un concours de beach-volley puis monte sur une  passerelle qui fait le lien entre les centres commerciaux et de loisirs et le bord de mer. De là-haut je trouve la Statue de la Liberté, oui oui elle a traversé le Pacifique à pied pour me rapporter un bouquin que j’avais oublié à New York.

Une pour le prix de trois : Statue of Liberty, Rainbow Brigde, Tokyo Tower

T'aurais pas du feu ?

Celle-ci n’est en fait pas une copie de celle de New York mais bien de l’originale ou plutôt du prototype de Bartholdi qui trône au niveau du pont Grenelle à Paris. Haute de seulement 11m50 soit 4 fois moins haute que la version américaine, son introduction ici est aussi plus récente. En 1998, lors de l’année de la France au Japon, la statue parisienne est venue ici mais tellement adorée par les Japonais qu’ils en ont commandé une réplique mise en place en 2000. Elle fait face à Aqua City, un complexe en dessous des bâtiments de Fuji TV qui contient des cinémas, restaurants et évidemment magasins.

Y' Aqua à la TV ?

Un peu plus loin le port en version industrielle avec ses grues de déchargement et ses containers et juste après le Museum of Maritime Sciences avec sa forme de bateau. Malheureusement le prix de l’entrée grimpe à 10€ si on veut des explications en anglais, je vais donc me contenter de la partie extérieure du musée, gratuite, qui dispose déjà de pièces intéressantes.

Dans le port de Tokyo, ya les containers qu'attendent...

Par exemple ce propulseur MHD du Yamato 1. Le Yamato 1 était un projet technologique civil japonais des années 90. Le but était de faire se déplacer un bateau sans hélice. La technique est simple, on aspire de l’eau à l’avant, on lui applique un champ magnétique ce qui a pour effet de l’accélérer et en sortie par action-réaction (encore merci Monsieur Newton) de l’eau accélérée sur l’eau au ‘repos’ le navire se déplace. Cela s’est fait avec succès mais on n’a jamais atteint que la vitesse mirobolante de 11km/h de cette manière et aucun n°2 de ce type de véhicule n’a été mis au point. Le Yamato en lui même est dans la baie de Kobe là où il avait fait son unique sortie en mer.

Speedy Gonzal'Est

Un autre bateau sympa qui est conçu pour naviguer à 1m50 au dessus de l’eau et qui pourrait aujourd’hui servir d’abribus et une hélice dorée qui pourrait être remise comme Chimie Award à celui ou celle qui brasse le plus de vent.

Avec essuie-glace pour poissons volants

Ventilateur géant

Je file ensuite au Miraikan qui signifie littéralement musée du futur. Un espace sur plusieurs étages dédié aux sciences d’aujourd’hui et à celles de l’avenir. Au delà des conférences en japonais, toutes les choses présentées possèdent une double traduction en anglais.
Ce qui impressionne le plus c’est évidemment ce globe terrestre lumineux suspendu au plafond et qui présente le réchauffement climatique au cours du dernier siècle et sa perspective à l’horizon 2100. Il y aussi les robots à l’étage supérieur ainsi que les moteurs de fusées, la représentation du binaire et d’Internet via des boules blanches et noires et des glissières métalliques, le mur enregistreur et les ateliers de conception pour les plus jeunes. Après c’est sûr que pour quelqu’un qui fait des études scientifiques pas mal de choses sont déjà connues et il est évident que le musée tend à s’adresser aux plus jeunes accompagnés de leurs parents, mais bon certaines présentations peuvent être intéressantes et le musée touche vraiment à toutes les sciences avec le juste milieu de vulgarisation/point de vue pointu. Mon point noir : quand j’ai voulu boire un coup je me suis aussitôt fait réprimander par un agent de sécurité. C’est bon quoi ça fait 20 ans que je bois à la bouteille, je vais pas en mettre partout…

Retour vers le futur

Terre en vue, droit devant !

Avec les boules noires mais sans les bruits de Motus

Tourner autour du mur

Hi Robots !

Kundelitch pour navette spatiale

Après une petite heure et demi je continue mon tour d’Odaiba, je passe à proximité de Telecom Center, ue sorte d’arche de la Défense mais dédié à la télécommunication (nan vous aviez pas deviné, faites semblant quoi…). Il est le lieu privilégié des télécom’ entre Tokyo et le reste du monde, un paquet d’informations doit y transiter c’est sûr.

Merci Telecom Center d'avoir pu permettre à Tokyo...

A ce moment là il se met à pleuvoir, là je retrouve espoir que le parapluie acheté ne serve pas à rien. Je l’ouvre. Coup de vent. Le parapluie se retourne. Une baleine se tort.  Puis deux. Génial !
La photo suivante explique tout.

Paraplus rien du tout...

Je continue alors à pied entre les buildings en suivant des yeux la ligne Yurikamome pour arriver jusqu’à Palette Town. Encore un complexe pour la société mercantile que nous sommes. Il abrite Toyota Mega Web, un endroit où règne en maître le constructeur automobile, un hall avec présentation des véhicules de la marque, un autre avec les innovations de Toyota au fil des ans incorporées dans un musée du ‘plus utile, plus pratique, plus respectueux’ qui montre aussi l’évolution des objets avec le temps afin de l’adapter aux plus proches besoins des gens.

Le remonte-pente Stannah

Ils ont révolutionné nos vies ! Enfin pas tous...

Dehors une grande roue et en dessous Venus Fort avec ses vitrines de magasins mais surtout et oui surtout un style architectural qui vaut le détour. En effet, ce mall a été dessiné pour reproduire comme une petite Rome. Le détail qui tue c’est aussi ce faux ciel au plafond qui éclaire et rend le lieu plus agréable. Une jolie fontaine et aussi une église. Je voulais juste voir ce que ça donnait mais là je dois faire face à une foule considérable. Les panneaux d’affichage m’en donnent la raison, on fête les 1 an du décès de MJ, Michael Jackson pour les moins fans. Et ici des fans il y en a, cela explique aussi que depuis le début tous les magasins diffusent Beat It, Thriller et Billie Jean en boucle. Il était venu ici de son vivant et j’ai cru comprendre qu’un concert était rediffusé devant l’église, sinon entièrement au moins en partie, en hommage au King of Pop.

Petits suisses suspendus

Il fait plus beau à l'intérieur...

Des bouts de ciels dans la fontaine

King of Poposssibledallerplusloin

Je préfère aller voir le musée automobile ouvert gratuitement au public. Dedans pas uniquement des Toyota mais aussi des Fiat 500, une Chevrolet Impala et une Cadillac entre autres. De belle pièces dans un endroit sans grosse lumière pour les mettre en valeur mais des efforts pour reconstituer une sorte de vieux quartier à l’américaine.

Comme le pingouin elle a des ailes mais ne sait pas voler

Fiat 500g

Bien sûr aussi un petit espace pour les trois voitures de marque japonaise qui ont été  sacrées au 24h du Mans dans les catégorie GT. Un peu d’auto-congratulation n’a jamais fait de mal. Et enfin un endroit où je trouve des plaques Michelin, ce bon vieux Bibendum, malgré ses bourrelets il se porte pas mal.

Stop Pub !

Gonflé !

Superbes lignes...horizontales

Je reprends ensuite ma balade entre les magasins en passant dans la partie animaux domestiques. On trouve ici autant les gamins que des gens de 30 ou 40 ans qui s’émerveillent de chiots ou de lapins mais aussi des boutiques de fringues pour chien/chats. Le japon n’a pas fini de m’étonner.

Qui des deux est l'animal derrière la vitre ?

Je rentre ensuite en reprenant le monorail ce qui me permet de passer au dessus de l’entrée d’Odaiba du Tokyo Port Rinkai Tunnel. Ce tunnel construit sous le bras de mer séparant Tokyo d’Odaiba est le second moyen d’accéder à l’île. Immanquable puisque de chaque côté l’entrée est matérialisée par deux tours de ventilation chargées de rendre respirable l’air de ces voies de trafic sous-marin.

Les voitures prennent l'aspi...

Je me rends aussi compte en revenant que j’ai laissé mon Routard quelque part. Une bien belle tuile. Heureusement l’appareil photo est lui toujours là. Retour à Hiyoshi un peu plus léger du coup.

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